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Hommage au Dr MUTOMBO MUKENDI

Hommage au Dr MUTOMBO MUKENDI

Il m’honore d’articuler aujourd’hui un discours d’hommage au Prof F. Mutombo Mukendi dont la mort chagrine, à juste titre, sa famille biologique, sa communauté chrétienne et scientifique. 

Destin ou destinée du Prof F. Mutombo Mukendi?

Une croyance populaire domine les esprits, qui pousse à croire que la mort d’un être humain obéit à l’accomplissement de son destin. Ce discours a partie liée avec le déterminisme génétique mis à mal, fort heureusement, par les nouvelles recherches en biologie cellulaire. 

Mais, le Prof F. Mutombo Mukendi appartient à la tradition d’une communauté théologique qui célèbre plutôt le langage de la destinée, celle-là même qui advient lorsque l’homme se réalise dans toute sa plénitude. L’être humain cache en lui une dimension de destinée divine inscrite, non pas hors du temps, mais dans la chair de l’histoire. Il est porteur des valeurs d’éternité qui poussent jusqu’au bout la signification des valeurs temporelles. 

A cet égard, la théologie chrétienne n’esquive pas l’expérience de la mort. Elle confesse que celle-ci est naturelle.   En la Pâque de Jésus, elle y perçoit une signification nouvelle. Mort et résurrection du Christ convoquent les chrétiens à prendre conscience de la victoire de la vie, du nouvel avenir qui s’ouvre et de la consécration de leur nature désormais résurectionnelle. C’est que le Ressuscité est ressuscité, comme l’attestent les textes, “pour notre justification” (cf. Rm 4, 25 ; 1Th 4, 14). 

Il appartient aux différentes générations de ceux et celles qui ont suivi les enseignements de Félix Mutombo de répercuter, avec rigueur, ce discours d’un pasteur et enseignant ensemencé dans tout son être des marques de Celui qui est (“Je suis qui je suis”), Celui-là même qui l’a remodelé en son Fils (“Fils de l’homme”), sans anéantir son humanité africaine (“Laisse-moi être Augustin”, priait l’évêque d’Hippone). C’est le meilleur hommage qu’ils lui doivent.

L’immortalité d’un Prix Imhotep

J’ai eu l’honneur d’apprécier en Félix Mutombo-Mukendi, Docteur en théologie et Professeur à la Faculté Universitaire de Théologie Protestante de Bruxelles (F.U.T.P.), un réel effort d’engagement en faveur d’une  théologie politique africaine. En publiant son étude sur la théologie politique qui convient à l’Afrique, Félix Mutombo s’est engagé résolument dans la voie d’une pensée qui sollicite la critique de la théologie elle-même, de l’Eglise et de la société afin de ne pas tomber dans le piège du christianisme des pasteurs et prêtres africains, proches du pouvoir politique, qui renie le Christ et détruit les Nations. “Sans cette triple critique et sans l’éthique du Christ, poursuit-il, les chrétiens décideurs et leurs pasteurs de l’impunité des viols, des vols et des génocides annoncent la mort de Dieu en Afrique. Sans cette critique et sans la recherche de la paix, la justice, la vérité, la solidarité, la dignité et la réconciliation selon l’Evangile en tant que puissance de Transformation et selon l’héritage de la Sagesse ancestrale, cette nébuleuse politico-mafieuse dite « Communauté Interna-tionale », ce néolibéralisme antihumain et ce clientélisme local entre le religieux et le politique détruisent l’Afrique, don de Dieu à l’humanité”.

C’est le même effort de réflexion qui caractérise sa récente publication sur Le fils de l’homme souffrant. Un ouvrage majeur dans lequel il se propose de démontrer la radicalité de l’apport subversif de la foi chrétienne authentique et de promouvoir une éthique non conformiste. Tâche qu’il mène avec rigueur en s’appuyant sur une l’herméneutique et l’intertextualité. 

Il faut remarquer qu’au milieu d’une série de publications qu’on lui reconnait,  je me limite ici à deux écrits de Félix Mutombo dont la compréhension exige des retours et des méditations. Et cela dans le but d’attirer l’attention sur l’exigence d’une pensée qui, à la fois, se donne l’accolade avec d’autres disciplines et promeut le débat avec celles-ci. Reflet, à vrai dire, de ce qu’annonce l’interdisciplinarité mise en valeur par le savant Imhotep que les générations actuelles en Afrique et dans la diaspora ont pris l’habitude d’immortaliser à travers leur productivité. 

Imhotep est un homme au génie exceptionnel du IIIè millénaire avant notre ère. Ce personnage hors du commun était médecin, pharmacien, architecte, astronome, mathématicien, écrivain noir de l’ancien empire égyptien, philosophe, théologien, grand prêtre et vizir du roi Djeser. Il enseignait et menait des recherches dans les domaines suivants : les mathématiques, l’astronomie, les cartes des étoiles, la médecine, l’architecture, etc. 

Sa figure m’apparaît particulièrement intéressante à plus d’un titre : d’une part, il a écrit le premier livre religieux de l’histoire, 2500 avant Jésus-Christ ; d’autre part, on lui reconnaît d’avoir proclamé le culte d’un Dieu unique, lequel était déjà connu des Noirs. Dans la cour du roi Djeser, il fit la révélation du Dieu unique, Maître et architecte de l’univers, de la justice et de l’équilibre de l’univers. Il s’agissait-là d’une réforme théologique bouleversante qui poussa le roi à abandonner sa capitale initiale et même son mastaba mortuaire déjà à moitié construit pour entrer dans le complexe qu’édifiera l’architecte dont il fit VIZIR ou premier ministre et grand prêtre, chef du clergé et des médecins de l’époque. A Héliopolis, le clergé se conforma à la nouvelle orientation d’Imhotep au profit de la prééminence d’un Dieu unique. 

Il revient également à Imhotep d’avoir souligné la dimension cachée et invisible  de ce Dieu unique, ce dont se prévalera l’école amonienne ou la théologie négative. C’est au Nouvel Empire que les prêtres vont assimiler le Dieu unique d’Imhotep à Amon.  

Pareille figure historique demeure immortelle et ne cesse d’inspirer les universitaires qui prennent la mesure de l’interdisciplinarité dont Imhotep a déroulé les contours de manière concrète et pertinente.  A cet égard, le Prix International Imhotep a vu le jour à Paris, dans le cercle de l’université Per Ankh de la Renaissance et de la Société Savante Imhotep. Ce Prix est attribué à quelques penseurs africains qui se sont distingués par la valeur de leurs oeuvres empreintes de l’esprit pluridisciplinaire et de la créativité à l’instar d’Imhotep. 

C’est dans ce cadre que ce Prix International a également été attribué au Prof Mutombo Mukendi pendant le déroulement du Salon du livre panafricain de Bruxelles en 2014. Quoi de plus normal que de reconnaître ici la valeur d’un chercheur dont la théologie dialogue et discute avec la philosophie, l’herméneutique, l’intertextualité, l’anthropologie, etc. La disparition de ce penseur donne l’occasion de mettre en valeur son travail scientifique couronné par le Prix International Imhotep dont on a peu parlé dans un contexte où l’on n’a pas l’habitude de consacrer l’immortalité d’une oeuvre scientifique.  

Aussi, puis-je faire entendre en l’honneur du Prof F. Mutombo Mukendi cet éloge du scribe:

“Vois-tu, il n’y a pas de métier qui soit exempt d’un chef, sauf celui de scribe, car c’est le scribe qui est son propre chef. Si tu connais les livres tout ira très bien pour toi ; il ne doit pas y avoir d’autres métiers à tes yeux. Vois, quant à moi, je suis un homme de petite naissance ; mais on ne dira pas d’un tel homme que c’est un paysan. Alors, fais bien attention. Vois tu ce que je fais pour toi en descendant le fleuve vers la Résidence, je le fais par amour pour toi. Un seul jour à  l’école te sera profitable, ton son travail comme les montagnes dure l’éternité” (http://www.legypteantique.com/satyre-des-metiers-egypte-antique.php).

Prof Kalamba Nsapo, théologien et interculturalitologue

CUPEI-FFTB-INADEP